Crowd

Générique

Pour Kerstin

 

Conception, chorégraphie et scénographie Gisèle Vienne
Assistée de Anja Röttgerkamp & Nuria Guiu Sagarra
Lumière Patrick Riou
Dramaturgie Gisèle Vienne & Dennis Cooper

Musique Underground Resistance, KTL, Vapour Space, DJ Rolando, Drexciya, The Martian, Choice, Jeff Mills, Peter
Rehberg, Manuel Göttsching, Sun Electric & Global Communication
Montage et sélection des musiques Peter Rehberg
Conception de la diffusion du son Stephen O’Malley

Interprétation Philip Berlin, Marine Chesnais, Kerstin Daley-Baradel, Sylvain Decloitre, Sophie Demeyer, Vincent Dupuy, Massimo Fusco, Rémi Hollant, Oskar Landström, Theo Livesey, Louise Perming, Katia Petrowick, Jonathan Schatz, Henrietta Wallberg & Tyra Wigg

Costumes Gisèle Vienne en collaboration avec Camille Queval & les interprètes
Régie générale Richard Pierre
Régie plateau Antoine Hordé
Ingénieur son Adrien Michel
Régie lumière Arnaud Lavisse

Remerciements à Louise Bentkowski, Dominique Brun, Patric Chiha, Zac Farley, Uta Gebert, Margret Sara Guðjónsdóttir, Isabelle Piechaczyk, Arco Renz, Jean-Paul Vienne et Dorothéa Vienne-Pollak

Production et diffusion Alma Office Anne-Lise Gobin, Alix Sarrade & Camille Queval
Administration Etienne Hunsinger

Musique dans l’ordre de diffusion :

Underground Resistance The Illuminator (Underground Resistance, 1995)
KTL Lampshade (exclusive, 2017)
Vapour Space Gravitational Arch Of 10 (Plus 8, 1993)
DJ Rolando Vibrations mix (Underground Resistance, 2002)
Underground Resistance Sweat Electric (Somewhere In Detroit, 1994)
Underground Resistance Twista (Underground Resistance, 1993)
Drexciya Wavejumper (Underground Resistance, 1995)
The Martian The Intruder (Red Planet, 1992)
Underground Resistance Code Red (Underground Resistance, 1993)
Underground Resistance Lunar Rhythms (Somewhere In Detroit, 1995)
Underground Resistance Hi-Tech Funk (Underground Resistance, 1997)
Choice Acid Eiffel (Fragile Records, 1992)
Jeff Mills Phase 4 (Tresor/Axis, 1992)
Peter Rehberg Furgen Matrix/Telegene (exclusive, 2017)
Manuel Göttsching E2-E4 (Inteam, 1984)
Sun Electric Sarotti (R&S Records, 1993)
Global Communication 14 31 (Ob-selon Mi-Nos) (Evolution, 1994)

Partenaires

Production DACM

Coproduction Nanterre-Amandiers CDN // Le Maillon, Théâtre de Strasbourg – Scène européenne // Wiener Festwochen, Vienne // Le Manège Scène nationale de Reims // Théâtre National de Bretagne, direction Arthur Nauzyciel // CDN Orléans/Loiret/Centre // La Filature Scène nationale de Mulhouse // BIT Teatergarasjen, Bergen

Avec le soutien du CCN2 – Centre Chorégraphique National de Grenoble et du CND Centre national de la danse

Présentation

Avec Crowd, vous poursuivez la réflexion sur l’investigation de nos univers fantasmatiques et le rapport de l’art au sacré, qui caractérise vos spectacles depuis vos débuts. Mais n’est-ce pas la première fois que vous abordez ce sujet dans sa dimension collective, avec un aussi grand nombre d’interprètes ?

 

Jusqu’à The Pyre (2013), mes pièces, quel que soit le nombre d’interprètes, traitaient beaucoup de l’espace intime et d’intimités superposées, à travers des personnes souvent assez isolées. Après The Ventriloquists Convention (2015), c’est la deuxième fois que je mets en scène un groupe dont les interactions et la sociabilité sont un enjeu central. Ce groupe est certes très différent de celui de la convention de ventriloquie, puisque c’est un groupe de jeunes gens réunis dans un désir d’exaltation des sentiments, autour d’un intérêt partagé pour un genre musical, la techno. Le contexte choisi étant celui d’une fête. La mise en scène du groupe intègre bien sûr la question de l’intimité et de ses rapports au groupe, et le rapport des émotions individuelles et collectives.

Depuis mes débuts, je m’intéresse aux questions posées par les sociologues, les anthropologues, les philosophes sur le rapport de l’art au religieux et sur tout ce qui serait de l’ordre des pensées et sentiments inconvenants, de leurs espaces d’expressions archaïques et contemporains existants et possibles. Que ce soit l’érotisme, la mort, la violence, par exemple, il s’agit de sujets qui préoccupent chacun d’entre nous et qui peuvent perturber, voire mettre en péril la collectivité selon la manière dont ils s’expriment.

 

Avec Crowd, ce sont souvent les aspects jubilatoires et exutoires de l’expression de sentiments exacerbés qui se développent, à travers le désir et l’envie complexe d’amour. Les personnes, faisant communauté, qui vont à cette fête, sont disposées à traverser des expériences émotionnelles particulièrement fortes, de tout type, et arrivent dans un état où leurs sens sont déjà très excités. Ce groupe s’exalte à travers une pièce dont la structure et certains comportements évoquent de nombreux rituels. Face à ce grand huit émotionnel, les spectateurs peuvent également être dans un rapport très physique et très sensible à la pièce.

 

Quelle est la place de la musique dans ce spectacle ?

 

Peter Rehberg, qui a une excellente connaissance de la musique électronique, m’a proposé un certain nombre de musiques, à partir desquelles j’ai réalisé une sélection pour la pièce, il a ensuite travaillé finement leur agencement.

 

Il me semblait intéressant, en effet, que cette sélection ait une vraie pertinence historique, qu’elle soit composée de morceaux signifiants pour l’histoire de la musique électronique : des œuvres de musiciens marquants de la scène de Detroit entre autres, avec Jeff Mills et d’autres artistes d’Underground Resistance à Manuel Göttsching, par exemple. Il s’agissait de balayer également une sélection significative des sonorités qui excitent nos sens depuis les quarante dernières années.

Outre cette sélection de morceaux, présente durant la majeure partie de la pièce, il y a également un morceau original créé par KTL (Stephen O’Malley et Peter Rehberg) et un autre, de Peter Rehberg.

 

Quant au texte de Dennis Cooper, quel est son statut ?

Vous parlez vous-même de « sous-texte » …

 

Les pièces, pour ne pas dire le monde, sont constituées de différentes couches de textes. La langue n’est pas qu’à l’endroit de l’audible. Dans Jerk (2008), où le comédien parle du début à la fin, on pose des questions très voisines d’I Apologize (2004), où ce même comédien ne dit pas un mot du début à la fin. Ce qui nous passionne, Dennis Cooper et moi, depuis le début de notre très longue collaboration, c’est d’essayer de réinventer, avec chaque projet, de nouveaux rapports au texte, à la langue, à la parole, à la narration et de nouvelles manières d’écrire pour la scène.

Le « sous-texte » de Crowd est un texte qui n’est pas audible mais en partie intelligible. Dans Crowd, les quinze danseurs, sur scène, sont aussi des personnes dont la psychologie, l’imagination, les sentiments et l’histoire sont des composantes essentielles de la pièce. Nous travaillons la dimension narrative et psychologique de chacune de ces personnes très différentes. Lorsque l’on observe une fête, il y a énormément d’« histoires » qui se déroulent sous nos yeux : ce sont ces histoires et ces portraits de personnes que Dennis développe à partir du travail réalisé avec les interprètes, qui affinent et influencent l’écriture de la pièce. L’écriture de cette pièce rappelle le travail de mixage en musique, il s’agit là un mixage de narrations, comme si vous aviez quinze pistes musicales dont vous moduliez les volumes respectifs, composition qui laisse également au spectateur une part déterminante dans la manière dont il va voir et traverser la pièce.

 

Cette dissociation des plans – rêve/réalité, réel/fantasme –, qui produit un sentiment de distorsion du temps, est une autre caractéristique de votre travail…

 

Crowd a un potentiel formel très riche, une des composantes centrales de ce type d’écriture se fait à travers la stylisation multiple des mouvements et leur montage. Cette stylisation n’est pas une imitation de ces mouvements retouchés, mais une interprétation très intime motivée par les émotions et les intentions qui peuvent animer les interprètes, leur écoute et leur grande réception de ce qui se déploie autour d’eux. J’opère également des subdivisions, à certains moments les danseurs vont être dans un même type de stylisation, une langue commune, à d’autres, ils seront dans un type de gestuelle différent. Cela crée des vibrations rythmiques et musicales très riches, qui génèrent une légère altération de la perception, qui n’est pas sans rappeler un sentiment hallucinatoire ou hypnotisant tout en produisant du sens. En effet, cette écriture musicale et chorégraphique permet, en soi, de développer une écriture narrative. Ces jeux rythmiques provoquent une sensation très forte de distorsion temporelle. Ces distorsions sont très dynamiques et, en même temps, étirent le temps, permettant de regarder les personnes et situations à la loupe et de disséquer les détails de leurs actions. Différentes temporalités se superposent, à travers les mouvements même, mais aussi dans leur rapport à la musique et à la lumière, dont le rapport au temps diffère presque constamment.

 

Propos recueillis par David Sanson pour le Festival d’Automne à Paris 2017

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Historique